Sur la route du lac

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"La répétition des lieux et des gestes crée un univers rassurant. Son univers. Tout le monde y trouve son compte. Surtout ne rien changer. Et tant pis si on répète toujours les mêmes choses. La joie de dire est à chaque fois intacte.

« Le blé a poussé. Il est vert. Il est beau ! »

« Le blé est mûr. Il est beau ! »

« Oh ! On a coupé le blé ! »

« On a labouré le champ. La terre est belle ! »

Et les saisons passent.

Ni lui, ni elle, ne se lassent de ces petites phrases. Trajectoire même des bouts de chemin qu’ils font ensemble.

Quand on arrive au champ de blé, elle attend la dite phrase et lui le sait. Si certains jours il ne la dit pas, elle prend le relais et il répète. Les mêmes mots. Et parfois de nouveaux. Inédits, qu’elle ne comprend pas. Tout de suite.

Sept fois, les saisons ont passé.

Au trente-et-un janvier de la huitième année, il est parti.

Disparus, les sillons des petites joies sans cesse reconstruites. Éteintes, les senteurs des amandiers en fleurs. Effacées, les couleurs enivrantes des mimosas et des genêts géants sur le bord des chemins. Les lilas mauves et blancs, les seringats, les jasmins ne chantent plus dans le cœur des amants. Ils se sont tus en un instant.

Et pourtant, c’est le printemps.

« Il est beau ! »

Et sa voix, à lui, résonne dans sa tête, à elle, au rythme des pas du marcheur infatigable."